Liancourt, L’Estère, Pont-Sondé, Petite-Rivière-de-l’Artibonite, Jean-Denis, Gressier, Kenscoff… La liste s’allonge, les noms des victimes s’effacent peu à peu des unes, mais la douleur, elle, demeure.
À chaque massacre, le même rituel recommence : condamnations officielles, promesses d’enquêtes, annonces d’opérations policières et discours sur le retour à l’ordre. Puis le silence s’installe. Jusqu’au prochain massacre.
Combien de gouvernements faudra-t-il encore voir passer avant que l’État haïtien accepte de regarder son propre bilan en face ?
Chaque chef de l’Exécutif arrive avec ses promesses. Chaque directeur général de la Police nationale prend ses fonctions avec la mission de protéger la population. Pourtant, sous leurs mandats successifs, les massacres se sont multipliés dans différentes régions du pays.
Liancourt. L’Estère. Pont-Sondé. Petite-Rivière. Jean-Denis. Gressier. Kenscoff. Et tant d’autres endroits dont les noms ont été associés à la peur, au sang et au deuil.
Derrière chacun de ces noms, il y a des familles qui ont perdu un père, une mère, un enfant, un frère ou une sœur. Il y a des maisons abandonnées, des commerces fermés, des populations déplacées et des communautés traumatisées.
Le plus inquiétant n’est pas seulement le nombre de morts. C’est l’impunité qui accompagne leur mort.
Car lorsqu’un massacre n’aboutit ni à une véritable enquête, ni à des arrestations significatives, ni à un procès, le message envoyé aux criminels est terrible : le crime peut rester impuni.
L’État ne peut pas éternellement se contenter de compter les morts après les avoir laissés sans protection.
Certes, aucun chef de l’Exécutif ni aucun directeur général de la Police ne peut être personnellement tenu responsable de chaque crime commis sur le territoire national. Mais ils doivent être jugés sur la capacité de l’État, pendant leur mandat, à anticiper les menaces, protéger les populations, intervenir et rendre justice.
Un mandat politique ne devrait pas être évalué uniquement à travers les discours, les nominations ou les promesses. Il doit aussi être évalué à travers les vies sauvées et les citoyens protégés.
Aujourd’hui, le peuple haïtien ne demande pas simplement des déclarations de compassion. Il demande des réponses.
Pourquoi ces populations n’ont-elles pas été protégées ?
Pourquoi certaines alertes n’ont-elles pas été prises au sérieux ?
Pourquoi tant de crimes restent-ils sans justice ?
Qui protège les victimes ?
Qui répond de l’échec de l’État ?
Haïti ne peut pas continuer à transformer ses massacres en simples épisodes de l’actualité.
Liancourt n’est pas seulement un nom. Pont-Sondé n’est pas seulement un lieu. Gressier n’est pas seulement une commune. Kenscoff n’est pas seulement une localité.
Ce sont des cicatrices de la République.
Et tant que la justice ne sera pas rendue, ces cicatrices continueront de rappeler aux dirigeants une vérité qu’aucun discours ne pourra effacer : les gouvernements passent, les directeurs de la Police passent, mais les victimes restent dans la mémoire du peuple.
L’histoire jugera les dirigeants non seulement sur ce qu’ils auront construit, mais aussi sur ce qu’ils auront laissé se produire.
Parce qu’un pays ne peut pas avoir comme bilan la répétition des massacres et comme réponse la répétition des promesses.